Eugène Pottier – 1880
Sur une musique de Victor Joannès Delorme, ce long poème d’Eugène Pottier (l’auteur – entre autre – de l’Internationale) chante la misère d’un travailleur archétypal.
Cette chanson, sous forme de supplique humaniste, offre un regard sur la fin de vie d’un modeste et d’un miséreux. Elle porte les messages chers au poète ouvrier : la dénonciations des dominations capitalistes et de la misère des travailleurs, de la guerre, de la religion, de l’hypocrisie des dominants, une aspiration désespéré à ce que les choses changent, l’espoir vaincu de la Commune.
Cette triste complainte porte un regard amère et quelque peu désespéré sur la condition des prolétaires. Elle porte en miroir la situation du poète, pauvre et vieilli au crépuscule de sa vie, vivant dans l’indigence.
Vive la Commune !
Marcel Mouloudji, La Commune en chantant, Album collectif
Agnès Bihl, La Commune Refleurira, Album collectif
Jean Misère
Eugène Pottier – 1880
Décharné, de haillons vêtu
Fou de fièvre, au coin d’un impasse,
Jean Misère s’est abattu.
« Douleur, dit-il, n’es-tu pas lasse ? »
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Pas un astre et pas un ami !
La place est déserte et perdue.
S’il faisait sec, j’aurais dormi,
Il pleut de la neige fondue.
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Est-ce la fin, mon vieux pavé ?
Tu vois : ni gîte, ni pitance,
Ah ! la poche au fiel a crevé ;
Je voudrais vomir l’existence.
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Je fus bon ouvrier tailleur.
Vieux, que suis-je ? une loque immonde.
C’est l’histoire du travailleur,
Depuis que notre monde est monde.
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Maigre salaire et nul repos,
Il faut qu’on s’y fasse ou qu’on crève,
Bonnets carrés et chassepots
Ne se mettent jamais en grève.
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Malheur ! ils nous font la leçon,
Ils prêchent l’ordre et la famille ;
Leur guerre a tué mon garçon,
Leur luxe a débauché ma fille !
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
De ces détrousseurs inhumains,
L’Église bénit les sacoches ;
Et leur bon Dieu nous tient les mains
Pendant qu’on fouille dans nos poches.
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Un jour, le Ciel s’est éclairé,
Le soleil a lui dans mon bouge ;
J’ai pris l’arme d’un fédéré
Et j’ai suivi le drapeau rouge.
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Mais, par mille on nous coucha bas ;
C’était sinistre au clair de lune ;
Quand on m’a retiré du tas,
J’ai crié : Vive la Commune !
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
Adieu, martyrs de Satory,
Adieu, nos châteaux en Espagne !
Ah ! mourons !… ce monde est pourri ;
On en sort comme on sort d’un bagne.
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)
À la morgue on coucha son corps,
Et tous les jours, dalles de pierre,
Vous étalez de nouveaux morts :
Les Otages de la misère !
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?… (bis)