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La valse d’Odessa et les mutins de la mer Noire

Anonyme – 1919

Chanson des mutins de la Mer Noire, née dans le sillage de l’armistice de 1918 et dans un contexte de Révolution russe qui effraie les nations de l’Ouest. Une partie de la flotte française attendant la démobilisation après la signature de la paix, est secrètement redéployée en Mer Noire, dans le cadre d’une coalition menée par la France et le Royaume Uni, pour venir en aide aux russes blancs (contre révolutionnaires). Bien que traditionnellement analysée sous l’angle de l’acte fondateur d’une internationale communiste, cette mutinerie renvoie tout autant à celle des tranchées de 1917, exprimant la lassitude, l’incompréhension et la révolte des soldats.

 

Cette chanson a survéue dans la mémoire populaire des marins contestataires (des bretonne entre-autre). Il existe une version manuscrite servant de référence écrite et conservée par Raymond-Joseph TARAUD, marin de l’Ile d’Yeu et ancien mutin. 

 

Valse d’Odessa

Anonyme – 1919

Lorsque la guerre fut terminée
Chacun de nous eu l’espérance
Qu’on allait bientôt embarquer
En destination de la France
En faisant une partie de manille
On faisait part de sa joie
Qu’on allait bientôt revoir sa famille
Quittée depuis dix huit mois
Aussi tous les soirs
On berçait l’espoir
Avec ivresse
D’aller embrasser
Les vieux, sa moitié
Sa maîtresse
On ne se doutait pas
Qu’en France là-bas
Notre patrie
Les députés avaient décidé
De nous renvoyer
En Russie


Mais un beau soir au rapport
Qu’avait lieu dans chaque compagnie
On apprit par le sergent-major
Qu’on embarquerait sur le Californie
Alors chacun de nous perdit courage
En disant que l’on n’embarquerait pas
On serrait les poings avec rage
Mais personne ne se révolta
Quand venait le soir
Il n’y avait plus d’espoir
Ni de l’ivresse
Qui gonflait nos cœurs
D’un gage de bonheur
D’allégresse
C’était des murmures
Puis des injures
Des cris de rage
Pour ces députés
Pour ces assoiffés
De carnage

Après quatre jours de traversée
On arrive à Odessa
Les Russes fêtèrent notre arrivée
A coup de canons et de vin Tosca
On nous joignit aux volontaires
Un corps composé d’officiers
Pour aller tirer sur nos frères
Car le Bolchevick est ouvrier
Vous qu’avez le pognon
Tout un tas d’actions
Capitalistes
Pour les encaisser
Hâtez-vous d’embarquer
Au plus vite
Car le vrai poilu
Celui qui a combattu
Pendant la guerre
Est bien décidé
De ne plus se tuer
Entre frères


Prenons notre mal en patience
Jusqu’au jour de la libération
Copains souffrons tous en silence
Bientôt nous serons à la maison
Mais avant de partir pour la France
Nous apporterons un cadeau
Qu’on remettra le jour d’échéance
Aux députés à Clemenceau
On leur chantera
Ce petit refrain là
A perdre haleine
En Russie, Messieurs
Il n’y a plus de pognon
Ce n’est pas de veine
Il n’y avait que des marrons
Nous vous les rapportons
Faites pas les bégueules
Car nous sommes honnêtes
Et nous venons vous les remettre
Sur la gueule